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Approches Territoriales

Le Diagnostic Territorial

Comprendre les systèmes alimentaires pour transformer les territoires

Avant d'agir, il faut comprendre. Le diagnostic territorial des systèmes alimentaires est l'outil fondamental de l'approche territoriale de CREATES. À travers les plateformes DyTAEL (Dynamiques Territoriales pour l'Agroécologie Locale), nous produisons une lecture systémique des territoires qui croise données spatiales, enquêtes de terrain, savoirs locaux et analyse institutionnelle. Ce diagnostic n'est pas un exercice académique : c'est un outil de gouvernance partagée, co-construit avec les acteurs du territoire.

Les DyTAEL : gouvernance inclusive des territoires

Les DyTAEL sont des plateformes multi-acteurs qui rassemblent producteurs, transformatrices, commerçants, élus locaux, chercheurs et organisations de la société civile autour d'un enjeu commun : construire des systèmes alimentaires territoriaux écologiques, justes et résilients. Chaque DyTAEL est ancrée dans un territoire spécifique — Mbour, Bignona, et bientôt d'autres — et fonctionne comme un espace de diagnostic, de dialogue et d'action collective. C'est au sein de ces plateformes que se produisent les diagnostics territoriaux, les ateliers de scénarisation transformative et les décisions partagées sur l'avenir alimentaire du territoire.

Une méthodologie participative et systémique

Le diagnostic territorial mobilise une méthodologie mixte et participative. Dans le département de Mbour, ce sont 64 initiatives agroécologiques qui ont été visitées, dont 20 ont fait l'objet d'études de cas approfondies. Trois ateliers de cartographie participative ont été organisés, complétés par deux études de cas au niveau villageois et un atelier de scénarisation transformative. L'analyse s'appuie sur sept axes du cadre SAAT (Systèmes Alimentaires et Agroécologie au Territoire), croisant entretiens, revue documentaire, analyse spatiale et statistique, et théâtre-forum. Cette approche permet de saisir la complexité du territoire dans ses dimensions écologiques, économiques, sociales et politiques.

Une méthodologie participative et systémique

La Petite Côte : un territoire sous pression

Le diagnostic de la DyTAEL de Mbour révèle un territoire en mutation accélérée. Avec 935 000 habitants et une croissance démographique de 40 % en dix ans, le département de Mbour est l'un des plus dynamiques du Sénégal. Mais cette croissance a un coût : 10 783 hectares d'espaces naturels perdus en une décennie, les savanes réduites de 87,5 %, les steppes de 31 %, les surfaces urbanisées en hausse de 48,7 %. Tout ce qui progresse est lié à l'artificialisation ; tout ce qui recule est un espace naturel. Le territoire est pris en étau entre la périurbanisation de Dakar, l'agrobusiness orienté export, les industries extractives et les méga-projets d'infrastructure.

La Petite Côte : un territoire sous pression

Les pressions multiples sur le territoire

Le diagnostic met en lumière des pressions convergentes. L'agrobusiness a fait passer les surfaces irriguées de 1 144 à 4 358 hectares (+280 %), avec une trentaine de fermes de 50 à 400 hectares orientées vers l'export, épuisant les nappes sans retombée alimentaire locale. Les volumes d'eau pompés à Mbour ont été multipliés par dix, provoquant un effondrement des aquifères — le Maastrichtien pourrait chuter à -80 m d'ici 2050. Les industries extractives (calcaire, basalte, latérite, sable) fournissent 84 % des matériaux de construction du pays, mais les coûts environnementaux restent sur le territoire. Les forêts classées, censées protéger les communs, sont converties : 49,6 % de la forêt de Bandia est empiétée par les mines et l'agrobusiness. Et les grands projets — port de Ndayane, ville nouvelle de Daga Kholpa, zones économiques spéciales — accélèrent la spéculation foncière sans intégrer la dimension alimentaire.

Les acteurs de la transition agroécologique

Face à ces pressions, le diagnostic recense plus de 64 initiatives agroécologiques actives sur le territoire, portées à 52 % par des femmes. Ces acteurs pratiquent la rotation des cultures, la fertilisation organique, l'agroforesterie, la gestion raisonnée de l'eau et le recours aux variétés locales. Ils opèrent à travers toute la chaîne de valeur : production, transformation, commercialisation, formation et action collective. Mais ils expriment des besoins criants : financement (44 %), formation (36 %), appui technique (32 %), accès à l'eau (24 %). Leurs motivations sont claires : préserver l'environnement et la biodiversité (46 %), produire une alimentation saine (41 %), rejeter les produits chimiques (25 %).

Les acteurs de la transition agroécologique

L'Atlas Agroécologie : rendre visible la transition

Pour donner une existence cartographique aux acteurs de la transition agroécologique, CREATES a développé l'Atlas Agroécologie (atlas.creates.ngo), une plateforme interactive qui permet de visualiser, filtrer et explorer les initiatives par type d'acteur, activité et commune. L'atlas fonctionne à deux échelles : la vue nationale DyTAES (Dynamiques pour l'Agroécologie au Sénégal) et les vues territoriales DyTAEL (Mbour, Bignona). Les acteurs eux-mêmes peuvent soumettre leurs initiatives, faisant de l'atlas un outil vivant de mise en réseau et de plaidoyer. C'est un instrument clé du diagnostic territorial : il rend visibles ceux qui agissent et permet de penser les complémentarités et les synergies à l'échelle du territoire.

L'Atlas Agroécologie : rendre visible la transition

Un territoire d'opportunité

Malgré les pressions, le diagnostic révèle un territoire porteur d'opportunités. Le triangle Dakar-Thiès-Mbour concentre 29 % de la demande alimentaire nationale sur 2 % du territoire — un marché considérable pour les circuits courts. Les femmes sont au cœur du système alimentaire, la demande urbaine pour des produits locaux de qualité ne cesse de croître, et les écosystèmes remarquables (Somone, Bandia, Joal) offrent un potentiel d'écotourisme. La DyTAEL fédère déjà plus de 60 acteurs agroécologiques, et un Système Participatif de Garantie territorial est en préparation. Le territoire a tout pour nourrir ses habitants. Il lui manque une stratégie alimentaire — c'est précisément ce que le diagnostic territorial permet de construire.